SAGANO
- Et le Côté Calme d'Arashiyama -
Il y a un an je m’installais dans un coin plutôt connu de Kyoto. Même sans y être allé certains auront peut-être déjà entendu parler d’Arashiyama et en particulier de sa célèbre forêt de bambou au nord-ouest de la ville. Kyoto à elle seule attire des millions de visiteurs chaque année, y compris des touristes japonais, et beaucoup se rendent à Arashiyama car elle figure presque toujours dans le top 3 ou top 5 des endroits à ne pas manquer à Kyoto. Et pour de bonnes raisons.
Mais cette popularité, surtout ces dernières années, peut rendre cette zone beaucoup moins agréable à visiter. On se retrouve souvent au milieu d’une foule bruyante souvent entouré de centaines de personnes, de la rue commerçante principale au temple principal, et évidemment dans les allées étroites de la forêt de bambou.
Une telle popularité est totalement compréhensible. L’endroit est tout à fait exceptionnel et remarquablement bien préservé. La vue sur la rivière Katsura depuis le pont historique Togetsukyo au pied des montagnes verdoyantes, la taille impressionnante des bambous, l’importance historique et la beauté du patrimoine culturel comme le Tenryu-ji, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO sont définitivement à voir.
Mais se retrouver en permanence au milieu d'une foule n’est pas vraiment la meilleure façon de profiter de la nature ou d’un temple zen. Car la très grande majorité des visiteurs se concentre dans une petite zone autour de la forêt de bambou et de la rue commerçante. En dehors de cette zone le reste est quasiment vide,ou du moins bien plus calme, mais absolument pas moins intéressant.
Pour rendre cela plus visuel, le cercle rouge sur cette carte représente cette petite zone où quasiment tout le monde se trouve, comparée à l’étendue réelle de la zone, remplie d’autres lieux qui valent le détour.
C’est quelque chose que je connais bien car j’y ai aussi travaillé en tant que guide. J’ai découvert de nombreuses perles cachées et des endroits exceptionnels où j’ai accompagné de petits groupes souhaitant éviter la foule et aller au-delà des lieux touristiques. Dans cet article je voulais partager ces découvertes et donner envie non pas d'éviter Arashiyama, mais de prendre le temps de l’explorer un peu plus en profondeur. C’est un endroit qui mérite vraiment qu’on s’y attarde, surtout si l’on cherche une escapade proche de la nature, très facilement accessible en étant à Kyoto.
Rien de nouveau cependant, Arashiyama est touristique depuis pas moins de 1200 ans. L’époque Heian (794–1185) débute lorsque Kyoto devient la nouvelle capitale du Japon, après que l’empereur Kanmu y a déplacé sa cour depuis Nara. Une quinzaine d’années plus tard, son fils Saga devient empereur à son tour. Et peu de temps après, il fait construire ici un palais secondaire, qui deviendra plus tard le Daikaku-ji, un temple toujours existant aujourd’hui.
Le nom Sagano signifie littéralement "Terres de Saga". Une zone historique assez large incluant Arashiyama, mais sans frontières clairement définies.
Saga et les aristocrates de son époque trouvaient la nature particulièrement belle ici, et on comprend facilement pourquoi encore aujourd’hui. La zone était suffisamment éloignée du palais impérial pour offrir une escapade paisible, loin des affaires politiques. Un lieu propice à se détendre, admirer les changements de saisons, pratiquer la calligraphie ou écrire de la poésie, un art dans lequel Saga lui-même était passé maitre.
Le Daikaku-ji est l’un de ces sites que beaucoup de visiteurs ignorent, mais qui vaut largement une visite. Bien sûr, la structure originale du IXe siècle a évolué au fil du temps et le temple est aujourd’hui un important centre du bouddhisme Shingon. Mais on y ressent toujours cette atmosphère de grande résidence impériale. Ce qui n’a en revanche presque pas changé c’est l’étang d’Osawa rattaché au temple et créé en même temps que la résidence il y a presque 1200 ans. Ce qui en fait aujourd’hui l’un des plus anciens étangs artificiels du Japon.
Mais ce que j’apprécie le plus ici, et que presque personne ne prend le temps d’explorer, c’est toute la zone autour du temple. On y trouve principalement des rizières, de petites fermes, au pied des montagnes et l’étang de Hirosawa. Cet endroit offre un très bel aperçu de la campagne japonaise, tout en restant très accessible, à seulement quelques minutes à pied de la gare la plus proche.
J’ai vécu juste à côté et je ne me lassais jamais des balades tôt le matin au printemps ou des chaudes soirées d’été à vélo le long des chemins entre les rizières, en observant les paysages évoluer au fil des saisons. C’est encore plus beau pendant la période de culture du riz, à partir du mois de mai. Au début, les rizières remplies d’eau reflètent le ciel comme de grands miroirs posés au sol, jusqu'à la fin de l’été où elles se transforment en un océan de verdure et l’air se charge du parfum du riz.
Non loin de là se trouve le mausolée de l’empereur Saga. Situé en hauteur et accessible après pas mal d’escaliers, il offre une très belle vue sur les environs et même sur une partie de Kyoto. On peut même apercevoir la Kyoto Tower au loin.
En se baladant ici on ne visite pas juste un beau temple ou de beaux paysages, mais on traverse aussi l’histoire. Les mêmes chemins, les mêmes perspectives sur les montagnes, les mêmes reflets sur l’eau ont été vécus pendant plus de 12 siècles ici. Non loin de là, des centaines de personnes s'amassent uniquement dans la forêt de bambou, ignorant souvent qu’une autre facette d’Arashiyama existe à côté, plus ancienne et sans doute plus authentique.
Un autre endroit par lequel je passe souvent est le Seiryo-ji, à environ 10 minutes de marche du Daikaku-ji. C’est un temple organisé autour d’une vaste cour, derrière une impressionnante porte gardée par de grandes statues de Nio. L’intérieur du temple est accessible à des horaires limités et payants, mais l’accès à la cour est gratuit. Même lorsque les portes principales ferment, de plus petites restent toujours ouvertes.
D’ici, on peut continuer vers un très charmant quartier résidentiel en direction de Toriimoto, où se trouve une belle rue préservée datant de l’ère Meiji (1868–1912). Son atmosphère est différente de quartiers plus anciens comme Gion. Ici aussi, les lignes électriques ont été enterrées, ce qui reste rare au Japon et ajoute beaucoup à son charme.
Cette petite rue mène à un grand torii qui marque le début du pèlerinage du mont Atago, jusqu’à l’Atago-jinja, un sanctuaire situé au sommet. Pendant des siècles des pèlerins ont emprunté ce chemin afin d’éloigner la malchance notamment liée au feu. Il est particulièrement connu des pratiquants du Shugendo, une pratique ascétique mêlant des éléments du bouddhisme ésotérique et du shintoïsme.
On remarque aussi en chemin quelque chose de peu habituel à Kyoto, quelques maisons aux toits de chaume. Aujourd’hui il n’est généralement plus possible d’en construire de nouvelles pour éviter les risques d’incendie mais celles qui subsistent sont soigneusement préservées.
Une des plus impressionnantes d'entre elles est sans doute Ayuchaya Hiranoya, une maison de thé de plus de 400 ans. Elle servait autrefois les pèlerins du mont Atago depuis l’époque Edo et toujours ouverte, aujourd’hui on y sert des boissons ainsi que des plats à base de poisson de rivière. On y trouve aussi des pâtisseries saisonnières, comme leur assez rare shinko mochi, une pâte de riz gluant recouverte de poudre de soja torréfiée, de sucre brun et de cannelle, qui se marie parfaitement avec un bol de matcha.
Nous nous arrêtons souvent ici avec mes groupes et c’est toujours une très bonne expérience. Cela ne se voit pas depuis l’extérieur, mais il y a plusieurs pièces à l’arrière, avec de nombreux espaces en tatami pour s’asseoir et l’atmosphère y est incroyable et très traditionnelle.
En allant encore un peu plus haut sur la même route, on trouve un temple assez particulier, qui a récemment gagné en popularité grâce à ses 1200 statues uniques de rakan, sculptées par des pèlerins dans les années 1980. Aujourd’hui recouvertes de mousse, elles créent une atmosphère très singulière. Otagi Nenbutsu-ji pouvait être considéré comme un lieu encore secret il y a quelque temps, mais ce n’est absolument plus le cas aujourd’hui. Il en va de même pour un temple voisin, Adashino Nenbutsu-ji, connu notamment pour abriter une petite forêt de bambou. Les deux sont désormais très fréquentés du matin au soir et quasiment toute l’année. Même si l’on reste loin des foules des sites les plus touristiques, ces temples sont assez petits et on s’y sent vite à l’étroit, ce qui en gâche un peu l'atmosphère.
Cependant, en y allant en basse saison ou lors d’un jour de pluie, il est toujours possible de profiter de leur ambiance mystérieuse et presque inquiétante. Idéalement tôt le matin ou juste avant la fermeture.
Encore plus haut, toujours sur la même route, à un arrêt de bus après le temple ou à quelques minutes de marche à travers un tunnel, on arrive à Kiyotaki, un autre très beau coin de nature bien moins connu. Kiyotaki est à la fois le nom de la rivière et de cette petite zone.
C’est un endroit particulièrement agréable en été, lorsque la chaleur devient parfois insupportable à Kyoto. En s’approchant simplement de la rivière, entouré par la forêt et les montagnes verdoyantes, on sent tout de suite la température redescendre. On peut même s’y baigner. L’eau, alimentée directement par des ruisseaux de montagne, est incroyablement claire et fraîche. De quoi oublier en un instant que l'on serait cuit vivant au même moment en ville.
Tout au long de l’été, en particulier le week-end, les habitants du coin s’y retrouvent en famille ou entre amis, mais il n’y a jamais vraiment de foule. Et quasiment aucun touriste ne s’y aventure alors que l’on se trouve tout près d’Arashiyama et que l'on peut s’y rendre en seulement 10 minutes en bus.
D’ici, on peut continuer sur plusieurs kilomètres en direction de Takao, une autre superbe partie de Kyoto qui reste elle aussi très peu fréquentée. Ce chemin qui longe la rivière et passe à travers la forêt est magnifique et très relaxant, principalement plat, avec plein d'endroits pour se poser et se tremper les pieds dans l’eau fraîche.
Sur la route, on peut également rejoindre le chemin de pèlerinage menant à Atago-jinja, ou emprunter un autre sentier vers le Tsukinowa-dera, un petit temple perché dans la montagne. Le chemin est plus raide mais il permet de découvrir une facette de Kyoto que peu de visiteurs ont l’occasion de voir. Même en pleine après-midi, à mesure que l’on avance dans la forêt, l’ambiance devient plus sombre et mystérieuse. En particulier autour des chutes de Kuya, sur le chemin vers le temple, l’atmosphère devient presque irréelle. Je me demandais même si je n’entendais pas des kodama perchés dans les arbres, ou c'était peut-être juste des cigales.
Je ne suis pas monté jusqu’au temple cette fois-ci comme il commençait déjà à faire sombre et je n’ai pas encore pris le temps d’y retourner. Même en été, je recommanderais de commencer l’ascension le matin et de redescendre avant 16 heures. Récemment des ours ont été aperçus dans la région plus fréquemment que d’habitude, il vaut donc mieux rester prudent.
C'est ce qui conclut ce (trop) long article à propos de Sagano, même s’il y a encore tellement plus à dire. Il ne s’agit pas seulement d’une liste d’endroits à visiter, mais aussi de leur histoire singulière et de la manière dont ils se transforment au fil des saisons; les couleurs, la lumière, les floraisons, les événements saisonniers revenir aux mêmes endroits à différentes périodes de l’année offre à chaque fois une expérience totalement différente. Même un jour de pluie, l’atmosphère change complètement.
Sagano et Arashiyama ne sont pas juste des endroits à visiter pour prendre quelques photos et cocher une case. C’est en s’aventurant un peu à l’écart, en prenant le temps et en acceptant de se perdre un peu que l’expérience devient vraiment enrichissante. Il existe tout un monde parallèle aux lieux les plus populaires, où l’on trouve ni hôtels ni pièges à touristes, ni rien de très familier. Un endroit qui vit à son propre rythme, toujours connecté aux saisons et évoluant indépendamment.
INFORMATIONS
Saga-Arashiyama - 嵯峨嵐山
JR Saga-Arashiyama Station - ( JR San- in Line) / Randen-Saga Station (Randen Line)
INFORMATIONS
Saga-Arashiyama - 嵯峨嵐山
JR Saga-Arashiyama Station - ( JR San-in Line) / Randen-Saga Station (Randen Line)
https://kyoto.travel/en/areas/saga-arashiyama/





























































