ŌZU
- Un Voyage à Travers les Époques-
Sur les rives de la Hijigawa, la petite ville d’Ōzu, dans la préfecture d’Ehime, passe souvent inaperçue. Pourtant, derrière son apparence discrète, on découvre quelques-uns des joyaux les mieux préservés de Shikoku dans une atmosphère intemporelle. À quelques pas de la gare, ou au fil d’une promenade paisible le long de la rivière, on rencontre trois lieux inattendus et hors du temps : une villa née d’un rêve poétique, une riche demeure centenaire à la vue imprenable et un petit musée nostalgique figé dans le temps.
Garyū Sansō : Le chef-d'œuvre silencieux
Édifiée au tournant du 20eme siècle, Garyū Sansō n’est pas une demeure de samouraï mais quelque chose de plus rare : le rêve raffiné de Torajirō Kōchi, un riche marchand de cire, qui consacra plus de dix ans à sa construction. La villa et sa maison de thé furent construites par des artisans renommés de Kyoto, en parfaite harmonie avec le paysage et la nature environnante.
L’ensemble incarne à merveille la philosophie du shakkei (paysage emprunté), particulièrement dans la maison de thé Fūroan, perchée au-dessus de la rivière, offrant l’un des plus beaux panoramas sur la rivière Hiji.
Classé Bien Culturel Important au Japon, Garyū Sansō reste pourtant empreint de calme. Par temps de pluie, l’ambiance se fait encore plus sereine. Lors de ma visite, à peine après l’ouverture, j’étais le seul visiteur.
Des explications guidées en anglais sont proposées gratuitement aux étrangers et permettent de saisir des détails subtils qui pourraient autrement passer inaperçus. La visite est courte mais enrichissante et donne une véritable profondeur au lieu. Chaque poutre, chaque pierre du jardin, chaque perspective sur la rivière semble choisie avec soin pour inviter à la contemplation.
Bansensō: Elégance et sérénité
À quelques minutes à pied se trouve Bansensō, l’ancienne résidence de la famille Matsui, ayant fait fortune dans le commerce aux Philippines à la fin du 19ᵉ siècle. Elle a été construite comme une maison de vacances. Le lieu est élégant : des pièces en tatami ouvertes sur des jardins soignés, des couloirs de bois polis par le temps, et surtout, une vue splendide sur le village et la vallée.
Généralement moins fréquentée que Garyū Sansō, Bansensō invite elle aussi à ralentir, comme si le temps s’était adouci ici. L’absence quasi totale de panneaux explicatifs ou de visiteurs lui confère un certain charme, presque intime, où l’on peut simplement s’asseoir dans un fauteuil à bascule, profiter du silence et admirer la qualité de son architecture.
Omoide Warehouse: Voyage dans l’ère Shōwa
Discret, au détour d’une petite rue où se tient souvent un marché aux puces, l’Omoide Warehouse est une véritable caverne aux trésors. Ce petit musée, aménagé dans un ancien entrepôt, regorge d’objets du quotidien de l’ère Shōwa (milieu du 20ᵉ siècle) : jouets, affiches, meubles, panneaux publicitaires, emballages de nourriture ou de cosmétiques. À l’exception de quelques mises en scène, rien n’est trop ordonné : l’ensemble évoque plutôt un grenier rempli de souvenirs, figés dans le temps.
Malgré sa taille modeste, l’endroit déborde d’objets et de détails que l’on prend plaisir à observer, et l’on s’imprègne facilement de cette atmosphère d’un autre temps. Même sans avoir grandi au Japon durant cette époque, on peut en ressentir toute la nostalgie.
Pour faire une pause, je me suis arrêté à Murakami-tei, une boutique et café dans une kominka centenaire du centre historique, à quelques minutes seulement des sites évoqués. L’ambiance y est chaleureuse et s’asseoir sur les tatamis face au petit jardin intérieur était parfait pour profiter d’un moment au sec.
Si vous visitez Matsuyama ou même Uchiko, ce serait dommage de passer à côté d’Ōzu, accessible à quelques arrêts de train de là. La ville offre un véritable voyage dans le temps, de l’époque d’Edo à l’ère Shōwa, et reste superbe en toute saison, par tous les temps. Elle mérite au moins une journée complète, et je n’ai même pas mentionné son château, également ouvert à la visite.
Par temps de pluie, l’atmosphère devient encore plus sereine et apaisante. Lors de ma visite, je n’ai pratiquement croisé personne. Ōzu est l’un de ces lieux où l’on peut encore ressentir un Japon loin du tourisme de masse, comme c’est d’ailleurs souvent le cas à Shikoku en général.
Ōzu est accessible en train depuis Matsuyama en environ 40 minutes. La plupart des lieux d’intérêt sont accessibles à pied depuis la gare d’Iyo-Ōzu, les bus sont rares et les taxis peu nombreux. Prévoyez de bonnes chaussures et un peu de temps : j’y ai passé une journée entière sans jamais m’ennuyer, en logeant à Uchiko, juste à côté (à laquelle j’ai dédié un article ici ).
INFORMATIONS
Ōzu - 大洲
Ōzu, Préfecture d'Ehime 795-0012
Iyo-Ōzu Station - ( JR Uchiko Line/ JR Yosan Line/ JR Yosan Limited-Express)
https://jp.visitozu.com/?wovn=en









































